30 janvier 2009
GUERANDE en 1929 par Roger Pinta
Texte écrit le 6 mai 1929 par Roger Pinta
Parmi les rares cités qui ont gardé intacte leur ceinture de remparts, Guérande est sans doute une des plus pittoresques et pourtant c’est l’une des moins célèbres.
Certes, elle n’a pas l’éclat de Carcassonne, ni la majesté de Fougères ni la sauvage beauté de Saint-Malo, mais sa grâce de petite cité médiévale se conçoit bien dans les demi-teintes alternées du climat breton.
Etablie en haut d’une butte d’où elle domine la presqu’île à laquelle elle a donné son nom, Guérande offre d’abord au touriste arrivant de Saint-Nazaire l’aspect noble de sa porte saint Michel.
Flanquée de deux grosses tours dont l’une est Mairie, l’autre prison, la poterne au-dessus de laquelle flamboie l’écusson d’hermine de la ville, nous introduit dans une rue étroite et mal pavée, sur laquelle les maisons à pignon se penchent, et qui mène par des replis tortueux jusqu’à l’église collégiale placée sous l’invocation de saint Aubin. Cette église est l’un des plus purs joyaux de l’art breton du XIIème et du Xème siècle.
Le porche sur la place du marché n’offre pas une dentelle fragile mais un dessin net frappé dans le roc même de la côte voisine. Les piliers massifs portent des bas-reliefs grossiers mais évocateurs qui sont des démons, des péchés capitaux, des tentations du christ ou des passions naïves. Les vitraux, tous anciens, montrent quelques-unes unes des légendes illustres du pays. L’un d’eux est le mariage de Jean V, duc de Bretagne qui eut lieu dans cette collégiale au XIVeme siècle. au milieu d’un grand concours de paludiers et de pêcheurs.
Dans la crypte, des tombeaux aux inscriptions effacées.
Autour de l’église se pressent les maisons qui retirent le recul nécessaire pour bien dégager la nef ; mais quel pittoresque dans ces ruelles sombres et fraîches et quel silence !
La rue Vannetaise conduit à la porte du même nom, vers la Roche-Bernard et le Morbihan, à l’opposé, la route de Saillé s’en va vers les marais- salants et la mer, en passant sous la porte aux tours carrées.
Entre les maisons serrées, un porche élevé indique parfois une résidence presque noble : étude de notaire, logis d’un médecin, mais tout est calme, peu de monde dans les rues. La cité semble dormir.
Elle se réveille le samedi matin, quand la cloche du marché a résonné.
Guérande est un centre d’approvisionnement. Les produits de la terre, les fruits, le lait, le beurre arrivent d’Herbignac et de la Roche Bernard ; Le Croisic et le Bourg de Batz envoient leurs poissons et leurs galettes à la ville.
Et c’est une animation sans pareil dans les petites rues et sur la place de l’église qui sert sans façon d’appui à une tente et à maintes boutiques en plein vent. La foule des paysannes bigoudènes à la coiffe pointue posée droit sur les cheveux tirés, des paludiers à grands chapeaux, des marins en bougerons rouges, déborde dans les faubourgs et sur le mail, cette admirable promenade ombragée de châtaignés plusieurs fois centenaires qui fait le tour de la ville.
Le spectacle est encore plus curieux à détailler à vol d’oiseau, du haut d’une des tours de la porte Saint Michel d’où l’on embrasse toute la ville et tout le territoire qui dépendait d’elle ; Au loin, la Brière et ses mélancoliques marécages, la côte sauvage où se brisent les vagues en écumant, les marais salants, petits damiers éclatants au soleil pour la richesse du pays, et les clochers : le Bourg de Batz, Saillé, le Croisic ;
on aperçoit même l’agglomération balnéaire de la Baule dont l’agitation inutile et lassante fait estimer à son prix le charme de Guérande, ville antique, ville calme.
01 mai 2006
Un peu d'histoire ...
Source : http://www.infobretagne.com
ETYMOLOGIE et HISTOIRE de GUERANDE
Guérande vient du breton ancien "uuenrann" (pays blanc). Ce qui équivaut à "Guer-rann" (région blanche) dans le Cartulaire de Redon. "Uuen" peut aussi exprimer un caractère "sacré" et aurait un lien avec la présence d'une église et de saint Aubin (dont le pays de Guérande est un des lieux retenus pour la naissance du saint). Ainsi "Uuenrann" désignerait-il le "Pays d'Aubin". Il semble qu'à l'origine Guérande s'appelait "Grannona". Les Romains avaient établi dans la région une garnison militaire.
Il n'est pas parlé de Guérande avant l'an 448, où l'on dit que les Romains en sont chassés par les Armoricains, sous la conduite de saint Germain-l'Auxerois. Les Romains reprennent le territoire quelques temps après, et l'on assure qu'ils y ont construit une forteresse appelée Grannone, vers l'an 470. Les romains avaient encore une garnison à Grannone, en 497. La création de la paroisse de Guérande est traditionnellement attribuée à Waroc'h (577-594), fils de Macliau et prince de Vannes, qui aurait édifié un baptistère à l'emplacement du chœur de la collégiale. Guérande était à l'origine une paroisse primitive et englobait les communes actuelles de Batz-sur-Mer, Le Pouliguen, Le Croisic qui au bas Moyen Age ne formaient qu'une seule paroisse, Saint-Lyphard et vraisemblablement Saint-Molf et Mesquer.
L'évêque de Nantes, Actard, ayant déplu au comte breton Nominoë, ce "vicus" qui avait été créé, semble-t-il, au moment de la translation du sarcophage de saint Aubin en 556 (des reliques de saint Aubin y sont attestées en 854), devient vers 848 le siège d'un évêché temporaire, puis bénéficie de la fondation, attribuée au roi de Bretagne Salomon (857-874), d'un collège de chanoine. En effet au IXème siècle, l'intrus Gislard (ou Gilard), chassé de Nantes par l'évêque légitime Actard, s'établit en 846 à Guérande au lieu-dit "Aula Quiriaca" et parvient à maintenir sous sa juridiction toute la partie du diocèse qui forma plus tard l'archidiaconé de La Mée vers 857. A la mort de Gilard, en 895, la Mée est réunie à l'évêché de Nantes, sous le nom d'archidiaconé. Le palais épiscopal, qui se trouvait jadis rue de l'Evêché, a été démoli en 1680, à la requête de l'évêque de Nantes, Gilles Jean François de Beauveau (ou Beauvau).
Au IXème siècle, à partir de 853, les Normands ont leur cantonnement dans l'île Botty en Loire et font plusieurs expéditions dans la presqu'île de Guérande en 843 et en 853. En 854, le comte de Vannes, Pascweten, gendre du roi Salomon (en breton Salaun), qui habite assez souvent l'ancienne villa gallo-romaine de Clis (entre Guérande et la Turballe), fait don aux religieux de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon de terrains, ou mieux de bôles sis à Guérande, au lieu-dit Broneril, pour établir des salines. L'abbaye acquiert dans l'île de Batz-sur-Mer, la saline Maorem, vendue dix sous par son propriétaire Salw, puis successivement les salines de Chaw, de la Mée et de Salin Cron.
Au tout début du Xème siècle, les habitants de Guérande réussissent à repousser les armées normandes (une flotte de scandinaves venant directement de leur pays) grâce à un miracle qui aurait eu lieu à Guérande en 919 ("... en effet l'invocation par les Guérandais à saint Aubin provoque l'intervention surnaturelle d'un chevalier qui leur permet de repousser les Normands."). En remerciements pour ce brillant fait d'armes, ils décident de dédier leur cité à Saint-Aubin (409-550), évêque d'Angers et natif de Guérande. Le rédacteur d'une charte de l'abbaye de Redon du milieu du IXème siècle prend soin de dire que cette charte a été passée "dans cette église devant l'autel où sont conservées les reliques de saint Aubin". Quelques évêques de Nantes ont momentanément résidé à Guérande : au XIème siècle, Quiriacus ou Quirac ou Guerec y habitera longtemps et on donna à Guérande le nom de Aula Quiriaca ou Guerec d'où vient peut-être le nom de Guérande.
Après l'an mille, la présence d'un château permet la création d'un bourg castral à quatre portes (Saint-Michel, Bizienne, Saillé et la Vannetaise) et plusieurs tours reliées par des courtines (la tour Théologale qui date de Jean IV, la tour Sainte-Anne qui date de 1442-1450, la tour Kerbenet, la tour de la Gaudinais, la tour de l'Abreuvoir ou Kercassier, la tour Saint-Jean, etc ...). Un acte de 1206 mentionne un bourg de Guérande. En 1214, Pierre Mauclerc dispose du domaine de Guérande. Un dénommée Geuffrey de Guerrande est mentionné dans le Livre des Ostz, rédigé en 1294 (il doit un chevalier d'ost pour tout son fief). Guérande (Garanda) apparaît dans l'Atlas de Petrus Vesconte, qui, vers 1321, dresse la carte des côtes de France. En 1332, le domaine de Guérande est tenu par Jean de Montfort : en effet, un acte daté du 26 décembre 1332 indique que les terres "de Guerrande et de Baaz et de Saillé et appartenances d'icelles" appartiennent à "Jehan de Bretaigne, conte de Montfort". Le territoire de Guérande est envahi en 1342 par les troupes espagnoles de Louis d'Espagne (accompagné d'un capitaine genevois Othon Ardone), alliées de Charles de Blois contre Jean de Montfort prétendant au trône de Bretagne. Il met le siège devant la ville de Guérande qui ne possède pas encore de remparts. Louis d'Espagne s'en empare facilement et "tua tout ce qu'il trouva dedans, ils bruslèrent ses soldats cinq églises en la ville : dont Louis d'Espagne fut si déplaisant qu'il fist pendre et étrangler vingt cinq d'iceux. Cette ville estoit pleine de biens : et y firent les genevois et espagnols un très grand butin (d'Argentré)". De Guérande, Louis d'Espagne marche ensuite sur le Croisic où il sème la ruine et l'incendie. Ces revers ne découragent pas Jean de Montfort qui ordonne dès 1343 à son lieutenant Guillaume du Verger, de commencer à entourer la ville de Guérande de murailles. En août 1344, Charles de Blois vient en personne assiéger Guérande, qui se rend le 19 ou le 20 août. Mais dès 1352, Guérande retombe à nouveau sous l'autorité de Montfort. Les traités signés en 1365 (en l'église Saint-Aubin) et en 1381 (en l'église Notre-Dame) mettent fin à cette Guerre de Succession.
En août 1404, une flotte anglaise, sous le commandement du comte de Beaumont, paraît en vue des côtes guérandaises et y opèrent un débarquement. Les Guérandais demandent alors du secours à Jean V (alors âgé de 15 ans) qui envoie en avant-garde le maréchal de Rieux. Le combat est court, et Beaumont est tué par Tanneguy (ou Tanguy) du Châtel ("les documents n'ont laissé aucun renseignement sur le lieu de ce combat, mais il est à présumer que le débarquement des Anglais comme la plupart de ceux qui se font dans la région de Guérande, ont lieu entre Pornichet et la pointe de Chemoulin, et que la rencontre des deux armées s'est faite à proximité de la ville, du côté d'Escoublac"). Au commencement de mai 1407, le flotte anglaise reparaît en vue des côtes guérandaises et tente d'opérer un nouveau débarquement, mais elle se heurte à la résistance des vaisseaux du Croisic, sous le commandement de Jean Bouchard, aidé de Pierre Groy, Guillot le Capitaine, Jean Colven, Pierre Le Comte. Suite à l'emprisonnement par les Clisson (Margot de Clisson et son fils) du duc Jean V à Châteaucaux, treize seigneurs de Guérande, accompagnés de 76 compagnons partent du Croisic pour délivrer Jean V. Le duc est rendu à la liberté le 5 juillet 1420. Suite à l'emprisonnement du chancelier de Bretagne, Jean de Malestroit, à Pouancé, Jean V, aidé des Guérandais (une petite troupe de 25 hommes d'armes et de 15 archers, sous le commandement d'Olivier de Cleuz), vient mettre le siège devant cette ville au mois de janvier 1437. Après la mise en liberté de Jean de Malestroit, Jean V récompense les Guérandais en la personne de Jean Le Pennec, dont les descendants deviennent seigneurs de Lesnérac et de Lauvergnac. A noter que le duc Jean V porte à Guérande un véritable intérêt. En effet, Jean V vient à Guérande en 1404 pour faire face aux Anglais, puis en février 1419 (accompagné de son frère Richard, comte d'Estampes, et de son chancelier Jean de Malestroit, évêque de Nantes, et de l'abbé de Beaulieu). Après sa délivrance de Châteaucaux, Jean V vient de nouveau à Guérande en octobre 1422. En septembre 1430, il passe à Guérande, ainsi qu'à la fin de mai 1439. La dernière visite de Jean V à Guérande date du mois de septembre 1441 (accompagné de ses fils Pierre et Gilles, de l'évêque de Saint-Brieuc, et de sa suite). En 1431, Jean V fait construire l'enceinte afin de protéger la ville de Guérande.
La châtellenie de Guérande appartenait jadis en propre aux Ducs de Bretagne. Il en donnait temporairement la jouissance à des personnes de son entourage : Jeanne de Navarre, la duchesse Isabeau d'Ecosse (veuve de Jean IV), François Ier. Cette châtellenie s'étendait sur huit paroisses : Guérande, Le Croisic, Batz ou Batz-sur-Mer, Escoublac, Saint-Lyphard, Saint-Molf, Mesquer et Piriac.
Un couvent des Jacobins est fondé entre 1404 et 1409, par le duc Jean V : sa fondation est autorisée le 19 mars 1404 par une bulle du pape Benoît XIII et la première pierre est posée le 16 mars 1409. Le bourg va se développer autour du commerce du sel et du vin. A partir du XVIème siècle, l'ensablement de ses sites portuaires et l'affaiblissement du sel comme monnaie d'échange lui font perdre sa puissance maritime au profit du Croisic et de Pouliguen. Lorsque éclatent les troubles religieux du XVIème siècle, Guérande est une des premières villes évangélisées par les Huguenots. Dans la ville close, la collégiale Saint-Aubin et Notre-Dame-la-Blanche sont des sièges de paroisses, ainsi que l'église Saint-Michel dans les faubourgs. Les autres édifices sont des chapelles. Le château est démoli en 1614. Un couvent d'Ursulines est fondé en 1646 par la mère Marie Charette. Un hôpital ou Hôtel-Dieu est créé en 1650 par les charités publiques. Les Etats de Bretagne se tiennent à Guérande en 1625.
Pendant la Révolution, Guérande est prise par les Royalistes, le 18 mars 1793, mais ces derniers évacuent la ville presque aussitôt. Le 7 juillet 1815, Guérande est attaquée par une division aux ordres du marquis de Coislin.






































